NIEUW:

Mystery of embodiment
en
Le mystère de la vie incarnée


 


Spring 2007 issue of the USA Body Psychotherapy Journal honoring Stanley Keleman for his lifework

 

New CD and DVD of Stanley Keleman’s presentations in England and Germany 

 

 

Le mystère de la vie incarnée
Stanley Keleman

 

Le 8 Décembre 2012, Stanley Keleman discuta de la vie incarnée avec Eleanor Criswell, membre central de la faculté de Méridian University. La conversation faisait partie du second sommet annuel sur Le Mystère de l'Incarnation. Dans le texte suivant, Keleman fait un travail d'élaboration sur l'interview et sur les principes de la Psychologie Formative® .
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Il y a quelques années, dans une communication que je faisais lors d'une conférence pour ostéopathes, s'éleva cette question bien connue: Comment se fait-il que, quand nous faisons un travail corporel, les gens se sentent bien pendant un certain temps, mais qu'alors le travail ne tienne pas en place ou ne se maintienne pas assez longtemps, et que finalement les gens se retrouvent inchangés?

Le fait d'intervenir sur l'anatomie d'une personne ne signifie pas nécessairement que celle-ci sache comment soutenir l'organisation du changement. Que le corps puisse être suffisamment plastique ou malléable pour être influencé ne signifie pas qu'un mécanisme existe par lequel le corps sache automatiquement comment stabiliser et incarner un nouveau changement.

La question est celle de savoir ce dont le corps a besoin pour former une mémoire d'un nouveau comportement et pour se rendre ensuite capable de répéter ce comportement dans de différentes situations. La question centrale devient celle de savoir comment établir une mémoire tissulaire telle que les changements anatomiques instables soient soutenus par un effort volontaire.

Former une nouvelle mémoire tissulaire d'un schéma anatomique est une fonction de l'action de l'effort volontaire afin de soutenir le changement anatomique. Cette nouvelle mémoire sera ensuite stabilisée par un effort de répétition. Si on n'enseigne pas à nos clients comment soutenir volontairement un changement, ils sentiront seulement que la nature a le pouvoir de les guérir et de les aider, mais la nature ne peut faire que de son mieux. C'est en apprenant à comment influer sur eux-mêmes par l'effort volontaire qu'ils se trouveront renforcés.

La Psychologie Formative® est le principe fondamental, ou plutôt le processus formatif est le principe fondamental selon lequel l'organisme se forme dès le moment de la conception. La façon dont le plan corporel se déroule est toujours action comportementale. Ces actions suivent un processus formatif d'organisation et de désorganisation ainsi que de réformation qui se met en place tout au long des phases de la vie, celles du vieillissement inclues.

Nous voyons le processus formatif dans le développement du comportement. Une part du comportement passe par des stades que j'ai identifiés en termes de motiles, poreux, rigides et denses. Ces stades sont des schémas d'action et des séquences de développement qui montrent comment l'organisation anatomique, au niveau des tissus, change de forme et crée de la stabilité pour elle-même au fil du temps.

Même si le principe formatif héréditaire s'exprime dans la vie de chacun en tant qu'une organisation morphologique dynamique, la façon dont nous influençons et soutenons ces changements nous aidera à créer une vie personnelle. Par vie personnelle, je veux parler de l'organisme capable de modifier son hérédité en générant une nouvelle expérience anatomique qu'il peut soutenir. Ceci inclut l'expérience musculaire, l'expérience émotionnelle et l'expérience cognitive que l'on peut répéter et mettre en acte.  

Quand le comportement individuel est l'interaction entre ce qui est donné et ce qui est volontairement formé, il représente la dimension humaine personnelle. C'est dans cette dimension que nous nous sommes tous impliqués en soutenant un comportement que nous pensons être satisfaisant pour l'être humain que nous sommes tout au cours de l'évolution. Je pense que toute personne qui est intéressée somatiquement peut comprendre que le corps est une force d'organisation très puissante; une force d'organisation que l'on peut appliquer personnellement à soi-même, et cliniquement avec nos clients ou étudiants, permettant de comprendre comment nous faisons usage de nous-mêmes pour former ou influencer un comportement. 

Etes-vous conscient des principes formatifs quand vous travaillez avec vos clients?

Il y a deux choses: Je pense l'organisme comme étant toujours dans la situation dans laquelle il vit. Quel comportement est-il en train de s'organiser à court et à long terme. Comment l'organisme se charge-t'il de régler ce que j'appelle les dilemmes constitutionnels -- c'est-à-dire les dilemmes créés par les différents types de structure héréditaire et les stades de développement aux différentes phases de la vie. Une personne peut être sous-développée dans les jambes à l'image de l'immaturité d'un enfant et plus développée dans le haut du corps afin de fonctionner dans le monde adulte, et de ce fait un dilemme se constitue sur la façon d'organiser un comportement.

C'est la même chose dans le langage: Comment commençons-nous à imiter les actions musculaires et anatomiques pour produire certains sons et être capable de les répéter, comment commençons-nous non seulement à développer nos muscles, mais à encoder les sons et les significations qui forment un langage? Ceci se met en place tout au long de la vie, non seulement dans l'enfance mais aussi dans la phase adulte et dans celle du vieillissement. La manière dont nous apprenons à influencer nos efforts -- comment nous voulons parler, comment nous voulons moduler, comment nous voulons faire des gestes, comment nous voulons nous positionner dans une situation donnée -- fait de nous l'un des animaux les plus adaptables vivant sur la terre. Elle rend aussi possible la transmission de ce qui n'est pas programmé.

Je me demande: Comment, physiquement, ces personnes sont-elles en train de me parler de leur dilemme? Est-ce la difficulté de ne pas pouvoir prendre une décision? Sont-elles dans la confusion ou en train de se diminuer physiquement. Se sentent-elles dévalorisées ou déprimées ou bien encore inaptes à gérer leurs impulsions. Je recherche l'organisation du comportement qu'elles ne peuvent former ni différencier, et dans quelle mesure elles dépendent d'un comportement programmé impossible pour elles à influencer. Je regarde ce qui a besoin de changer dans par exemple un comportement impulsif et la facon dont corporellement elles ne savent pas comment le changer. Et comment je peux les aider, prenons la personne à l'attitude posturale rétractée et se tenant sur ses gardes, comment peut-elle apprendre à gérer son action/sa forme et à créer une alternative. Comment peut-elle désassembler une attitude posturale lui permettant d'apprendre chemin faisant son propre processus d'organisation, et d’appliquer par la suite ce processus dans ses façons d’essayer de gérer et de différencier son comportement. Comment peut-elle apprendre à réorganiser son impulsivité ou sa colère et peut-elle commencer à établir une histoire expérientielle différente.

Ainsi j'entends plusieurs choses dans ce que vous dites. Il y a dans votre travail, en plus d'une dimension psychologique importante, une dimension éducative.
 

Fondamentalement je pense que la condition humaine pour la plus grande part a une espèce d'ignorance sur la façon dont le comportement est organisé. On oublie la relation entre le comportement involontaire et volontaire. Les gens oublient les étapes de l'enfance -- comment ils ont appris, comment ils ont appris avec leurs muscles à faire usage d'eux-mêmes et comment, en passant dans la dimension cognitive qui est d'un ordre supérieur d'organisation bâti sur l'ordre inférieur, ils ont oublié le niveau inférieur et ne savent plus à présent comment organiser un comportement différent. Ils se retrouvent dans toutes sortes de difficultés parce qu'ils n'ont pas les outils pour gérer et différencier leur expression. C'est le puissant potentiel de l'effort volontaire, ou de l'auto-influence intentionnelle, qui est la voie royale vers une vie personnelle.

Ainsi fondamentalement il existe pour beaucoup de gens dans notre population une sorte de sous-éducation concernant l'importance de posséder en soi-même la capacité à gérer, à différencier et à développer son comportement. L'approche formative est différente du modèle pathologique. Je ne dénie pas la pathologie. C'est une autre dimension.

Je pense que chez toute personne, quand vous explorez son comportement en termes de comportement génétique inné ou en termes de programmation sociale -- quand vous explorez comment elle se diminue, comment elle se tient sur ses gardes, comment elle a appris à s'auto-gérer -- vous trouvez des comportements qui se sont forgés par habitude en des schémas d'action et de sentiment sur lesquels la personne ne sait pas comment influer. L'approche formative somatique apprend la personne à reconnaître les stades dans lesquels un comportement musculaire et émotionnel se manifeste et acquiert une signification symbolique et psychologique.

Un jour la personne commence à capter le mécanisme primaire de sa propre organisation: Oh, je me ressaisis comme ceci, Oh, je me réprime comme cela. Donc si ceci est la pression que j'exerce, je peux apprendre à présent à la rendre moindre, à la faire moins intense. Avec cette sorte de compréhension expérientielle, la personne commence à générer une subjectivité. Et à partir d'une subjectivité expérientielle, elle pourra se demander: Quelle sorte d'expérience ai-je? Comment est-ce que je ressens ceci? Comment me gérer sans me laisser envahir? Ainsi quand je fais ces formes-ci d'action, je peux être moins en colère sans non plus étouffer mon expérience. Je crée de cette façon une voie qui m'enseigne comment gérer mes expressions de comportement dans différentes situations.       

Les expressions comportementales sont musculaires et l'organisation musculaire produit des expériences qui sont émotionnelles et cognitives; elles sont toutes reliées dans ce que j'appelle une connexion tronc cérébrale-thalamique-corticale. Quand on sait comment développer son cortex, on ne se retrouve tout simplement plus dominé par l'activité de son tronc cérébral. On établit un feed-back de mémoire basé sur la satisfaction que procure l'auto-gestion et sur une collection de nouvelles possibilités. Ceci est un processus évolutionnaire.

Le travail formatif commence par l'écoute de la personne vous parlant d'un dilemme; vous commencez à recueillir des informations sur son style individuel en regardant sa façon de parler, sa façon de se mouvoir, sa façon d'exprimer ses émotions, sa façon d'employer ses mains, ses épaules, son visage. Souvent elle ne sait pas ce qu'elle est en train de faire, elle ne sait pas comment elle fait une action, elle ne sait pas comment son corps parle.

Vous pouvez observer l'attitude corporelle d'une personne en considérant la manière dont elle se tient. Il se peut qu'elle se tienne raide, tourne le cou d'un côté ou exécute une rotation. Vous y prêtez attention en demandant: Que faites-vous en ce moment et comment le faites-vous?  Si nécessaire vous pouvez lui montrer ce qu'elle est en train de faire. Une fois que la personne expérimente la façon dont elle fait quelque chose, elle peut apprendre à le faire plus intensément en ajoutant un peu plus de pression musculaire, puis à le faire moins intensément en diminuant quelque peu la pression musculaire.

Alors, en prenant le temps, vous voyez si la personne peut différencier davantage l'action en la faisant en de lents micro-mouvements  -- il ne s'agit pas d'un mouvement au ralenti, mais d'une façon plus lente de faire l'action avec plus et moins d'intensité. La personne fait de la sorte des connexions entre muscles et cortex dans les deux sens et dans lesquelles le cortex se trouve informé sur le degré de tension et d'expression.

Comme toute tension est action comportementale, des suggestions corticales pour de différentes actions musculaires peuvent être faites pour influencer le degré de tension. Ce processus d'effort volontaire développe tout un schéma de narration expérientielle, un feed-back d'imagination et d'action qui met en évidence différentes qualités de sentiment. Il se peut que les personnes ne sachent même pas la vaste gamme de possibilités et de sentiments qu’elles possèdent. En commençant un apprentissage formatif, elles n’ont pas besoin de relâcher quoi que ce soit ni de poursuivre quelque grande idée, elles apprennent par leurs actions, au fil du temps.
 
Apprendre est une suite d'évènements anatomiques dans le tissu connectif et dans les interactions neuro-synaptiques. L'effort volontaire crée et influence une mémoire corticale d'actions musculaires et de nouvelles connections cortical-neurales. Des réseaux anatomiques stratifiés, multi-dimensionnels, se forment à la fois par l'action de l'effort et par l'expérience de l'effort. L'effort volontaire musculaire-cortical s'entremêle à d'autres mémoires qui lui sont similaires en schémas d'action et en contenu symbolique et chacun d'eux peut s'adapter. Voila une merveilleuse compréhension d'une vie humaine, de ce que signifie une vie incarnée.

Le travail que vous faites, et ce que vous en dites, se trouve en plein coeur du mystère de l'incarnation, juste là où çà se rejoint.

Nous naissons tous avec un corps héréditaire qui, selon votre échelle de temps, remonte à des millions ou des billions d'années. Pour ce corps héréditaire, notre programme génétique, la question essentielle est de comment produire des protéines et former une structure corporelle. Ceci est le processus formatif de la vie qui pour chacun de nous commence à la conception.

Le fait de se familiariser avec le processus formatif du corps est un don de l'existence incarnée. Exister en tant que corps entraine une relation très puissante au fondement de la vie animée, mais cela ne dit rien du processus évolutionnaire selon lequel une dimension personnelle de vivre prend place. Je veux dire par là la façon dont se fait l'auto-influence d'un comportement héréditaire, non pas en s'adaptant à la société, mais en créant une nouveauté neurale, musculaire et émotionnelle tout en résolvant un dilemme. Je parle de la façon dont une nouvelle invention comportementale peut se répéter par le développement de l'effort volontaire. En tant qu'humains nous avons la capacité de développer un cortex qui est à même de faire de nouvelles réponses personnelles et d'organiser des formes corporelles et des actions qui altèrent une intention héréditaire, ce qui est une capacité qui dépasse ce que la nature programme. En d'autres mots, il s'agit par l'effort volontaire musculaire-cortical de créer une forme corporelle ou un schéma d'action qui soit capable de s'influencer. Vous avez ceci dans le dialogue entre le corps héréditaire et sa propre création, son fonctionnement cortical personnalisé.

Ce dialogue permet de faire évoluer une forme personnelle d'être dans le monde, une façon de se servir de soi-même qui puisse alors être partagée et enseignée aux autres, tout comme le chant ou la danse, ou comme quelqu'un qui vous apprend à écrire, ou des choses dans ce genre.

De façon similaire nous pouvons apprendre à comment construire une identité personnelle. Nous pouvons apprendre le processus de formation de notre propre développement et évolution. Nous pouvons apprendre comment communiquer avec les autres personnes, comment développer nos relations d'intimité au fil du temps. Nous pouvons réguler comment nous organisons notre être solitaire ainsi que notre être social et communicatif. Ce sont des comportements dont nous avons à apprendre les nombreuses graduations.

Il me semble que ceci est un très, très important message qui a besoin d'être connu à travers le monde. Comment est-ce pour vous de porter ce message et d'essayer de le communiquer aussi largement que possible?     

Tout d'abord, il s'agit de la manière dont j'essaie de vivre ma vie et de choses que j'ai eu à gérer dans ma vie. J'ai développé pour moi-même les outils pour m'aider quelque peu. Cela m'est d'un grand plaisir, spécialement quand on vieillit et que votre corps est passé du stade d'adulte alpha, comme je l'appelle, à celui d'un corps mature dont la structure musculaire est amoindrie et la relation musculaire et cognitive changée, préférant vivre à un rythme plus lent.  
 
Ainsi j'explore comment m'aider volontairement à adapter et créer une nouvelle forme corporelle dont l'expression, le sentiment et l'émotion sont en accord avec ce stade de ma vie. Ainsi de mon côté, cela m'apporte un sentiment de joie, de bonheur et, je l'espère aussi pour ceux qui sont intéressés.

J'ai écrit 5 ou 6 livres, 7 livres, 10 peut-être. J'ai un site web. J'ai donné partout des conférences, mais je me réjouis de partager comme je le fais avec vous. Comment vous dire… l'être humain aime partager ses expériences. Les êtres humains aiment vous raconter comment ils ont géré quelque chose, comment ils ont créé une vérité active pour eux-mêmes, avec laquelle ils peuvent continuer à vivre. Ainsi, quand je fais part de ce message-ci, en fait, je suis juste en train de partager mon expérience et de dire: "Tenez, voici quelque chose. Prenez ce dont vous avez besoin."

Je suis toujours impliqué activement dans ma vie. Je viens de finir un article en deux parties sur l'importance de comprendre la solitude comme moyen de développer une organisation anatomique interne, subjective et motrice. L'action d'organiser volontairement une solitude somatique n'est pas un schéma de retrait ni de repli sur soi, mais un schéma créant une limite qui développe et approfondit une subjectivité somatique. Elle est liée au fait de développer une sorte d'intimité personnelle du cortex avec son propre thalamus et tronc cérébral et de la surface du corps avec son propre intérieur. Le soma se familiarisant avec lui-même, avec ses propres processus d'organisation, parle en gestes et postures propres à lui-même. Ces expériences subjectives auto-organisées préparent aussi le terrain pour la façon dont nous nous rapprochons des autres et formons une séparation d'avec les autres; pour la façon dont nous gérons notre excitation, quand la prolonger, quand la contenir. Voici, je pense, les leçons de l'auto-gestion pour laquelle chacun de nous a les outils en mains, si nous choisissons de les développer.

Il me semble que vous êtes capable de gérer vos entendements théoriques et en même temps votre compréhension personnelle -- ce n'est pas chose facile pour les êtres humains.

Il y a selon moi une chose non dite chez les travailleurs somatiques expérimentés, c'est qu'ils ont créé une façon de faire leur travail qui est ancrée dans une organisation anatomique interne de comportement. La façon dont à la fois ils conceptualisent et font l'expérience de leur travail, comment ils l'utilisent pour eux-mêmes et avec les autres, a créé une organisation anatomique distincte d'auto-référence, de sentiment et d'action qu'ils ont formée au fil du temps et dont souvent ils ne reconnaissent pas de langage pour cela. Quant à moi j'attache de la valeur à créer pour cela un langage.

J'ai tâché dans mon travail et dans mes livres de créer un langage de l'expérience anatomique. Sans emprunter à la physique ou à d'autres disciplines, j'essaie de comprendre et d'articuler un langage basé sur l'expérience qui a formé la dimension humaine. Comment articule-t'on cela? Certains écrivent des textes linéaires, d'autres de la poésie et d'autres encore, comme Jackson Pollack qui crée la tradition de peindre sans toucher la toile. Il fit une transition en autorisant le geste à créer quelque chose qui trouve une forme en allant vers une surface. Toutefois l'effort et le geste sont influencés volontairement. Et ainsi j'ai développé ma méthode de l'effort volontaire musculaire-cortical .       

Je me rappelle que vous avez été, ou peut-être l'êtes-vous encore, un véritable sculpteur.

Je le suis encore. Au lieu de grandes sculptures métalliques, je fais à présent des vidéos. En employant des images en mouvement, je viens de terminer la conversion de mon livre L'anatomie Emotionnelle en un projet semi-animé. J'utilise les images et les récits du processus formatif de l'organisme humain et je montre comment l'emploi de l'effort volontaire fait apparaître différentes expressions humaines sur la scène. Beaucoup de gens ont besoin, pour comprendre le processus formatif ou pour reconnaître comment se forme une expression, qu'on le leur montre; ils apprennent alors à en faire l'expérience. C'est ainsi que mon travail de sculpture a pris cette forme-là.

Vous écrivez aussi des poèmes et autres formes d'expression artistique.

Oui, j'ai presque terminé un petit recueil, Le Chant du Soma. Cette prose poétique décrit l'organisme humain comme une matrice motile qui a des courants de forme en elle. Elle décrit comment la propre forme pulsatoire du corps, tels que le battement du coeur, l'expansion et la contraction du système vasculaire ou les fluides des impulsions excitatrices du système nerveux, est en fait un arbre de vie, une structure vivante qui fait pousser ses propres branches individuelles dans la rencontre avec ses propres besoins de développement. Voilà de quoi parle le poème. Mais assez parlé de moi. Le message le plus important que je voudrais laisser…

Bien, je pense qu'une part du message ici est que vous, en tant que soma en développement, avez inclus dans votre sentiment de soi et votre présence dans le monde toutes sortes de formes d'expression.

Oui, j'ai essayé de personnaliser ma vie sur le mode d'un processus évolutionnaire appris au fil du temps. Par cela, je ne veux pas parler de zèle narcissique, mais d'un mode de développement de l'effort volontaire musculaire qui devient un effort volontaire cortical-musculaire. C'est une compétence pour apprendre sur soi-même. Les danseurs l'ont en partie, les peintres l'ont, les musiciens l'ont. Vous construisez votre structure de vie qui sent, pense, se meut et s'exprime dans sa propre forme avec sa propre sorte de réalité subjective qui s'est développée au fil du temps.

Ce qui se développe à l'intérieur d'une personne est capable d'être transmis et reconnu par les autres; cela stimule les neurones miroirs pour produire les actions motrices qui donnent aux autres le sentiment de leur propre possibilité de former leur propre vie intérieure. Voilà ma vision d'une vie incarnée -- une vie qui donne accès aux sentiments les plus sacrés que l'être humain puisse éprouver, en termes de ce qui touche l'être tout entier, de ce qui est le potentiel réel d'une vie humaine. Et spécialement en termes de reconnaître que nous sommes co-créateurs de l'existence.
 

Vous allez vers quelque chose… Ce que vous décrivez ici, c'est un être humain qui devient plus cortical et conscient, et ainsi de suite. C'est en quelque sorte évoluer vers un être co-créateur, évolutionnaire.

Eh bien voici la réponse: La dominance du cortex est vieille de 40.000 ans. On la date, au moins en tant que point de départ, du temps où dans les caves de Lascaux nous commençons à voir des images répliquées sur les murs qui dépeignent une vie intérieure et témoignent de la création d'un artiste individuel.  

Cette sorte de créativité subjective de l'image a fait explosion dans l'ingénierie et la technologie. Elle a fait explosion dans la littérature et l'art. Le cortex a créé une dimension humaine de comportement et d'expérience qui continue de grandir, mais ce n'est pas que le cortex domine. Pensez le processus formatif comme étant un processus de nature qui s'infiltre dans notre galaxie; pensez-le comme un processus de formes s'organisant à l'intérieur de formes qui se développent au fil du temps, vous voyez alors la relation qui existe entre le corps et son cortex.

Le corps continue à se former à travers l'interaction du muscle et du cortex; il est agent de ce que j'appelle la morphogenèse volontaire. Le fait d'influencer volontairement vos formes du corps vous fera traverser les transitions de la vie en tant qu'agent participant activement à votre propre transition. Voilà pour moi un beau concept et une belle image à apporter au monde public, mais aussi au monde privé de ceux qui vous sont proches, vos enfants et grands-enfants, vos amis. Voilà où l'individuation de l'être est réellement une organisation d'une intimité partagée faisant croître en nos vies quelque chose de toujours plus profond. Le faisant croître, car il ne suffit pas de l'hériter.

Nous allons passer aux questions à présent. Merci infiniment.

Comment travaillez-vous avec quelqu'un qui ressent un stress chronique journalier? Que pouvez-vous recommander aux gens?

J'ai écrit deux livres sur ce sujet, Insultes à la Forme et L'Anatomie Emotionnelle. Une réponse simple est que le schéma du stress est un continuum de différentes formes du  corps. Il n'est pas une seule chose. Il passe de la forme de l'investigation vigilante à celle du combat ou de la fuite qui sont des postures d'affrontement ou d'esquive, puis à celle de la confusion oscillant d'avant en arrière, puis à celle de l'impuissance, puis pour finir à celle de la résignation. Ce sont toutes des formes somatiques qui sont des comportements moteurs.

L'impuissance, c'est quand il n'y a pas d'échappatoire possible, quand il n'y a aucune alternative. Vous entrez dans un état d'échec, avec le sentiment de vous refermer sur vous-même, sombrant dans un ordre moindre d'existence où nous ne vous souciez pas de vous engager dans le monde. L'état d'échec conduit à la résignation.

Dans la phase de résignation l'organisme n'est pas en train de se calmer ni même de se réprimer, mais en fait il commence à se fermer définitivement. Chacune de ces phases a une forme distincte qui a à être mobilisée puis peu à peu désassemblée, lentement au fil du temps, afin que l'assemblage des comportements que nous appelons stress puisse être différencié et que la personne puisse apprendre à développer des comportements lui permettant de maitriser ses propres réponses, mais aussi de comprendre les réponses du monde.

Il est possible de montrer aux gens comment influencer ces formes. Comment ils peuvent d'abord apprendre à reconnaître leur posture, leurs épaules remontées jusqu'aux oreilles, une certaine façon de se détourner. Ils peuvent ensuite apprendre à influencer ces formes en les différenciant à l'intérieur du schéma général. Ils peuvent, en appliquant l'effort volontaire, assembler puis désassembler leurs schémas habituels de réponses. Ils deviennent capables, en portant leur attention sur les expériences provenant des petits changements volontaires, de soutenir, par la répétition, ces changements. Ils ne se sentent enfin plus piégés par leurs propres réponses.

Apprendre à changer sa propre forme instille la puissance de l'auto-influence, chose qui amène un soulagement immédiat du stress, compte tenu que les situations de stress dans lesquelles on se retrouve piégé sont des plus mortifiantes.

Quel fut ou quels furent les moments qui vous mirent sur le chemin de votre travail de vie?

Oh juste ciel, des gens merveilleux avec qui j'ai eu des interactions. Certains mentors comme Nina Bull, qui vit en moi ce que je ne voyais pas en moi-même, ou Karlfried Graf Dürckheim qui m'aida aussi à comprendre certaines choses sur moi-mêmeJuste ces merveilleux dialogues et conversations, et puis aussi, le temps que j'ai passé tout seul. L'un des grands moments de ma vie furent mes 31 jours en mer, parti du port de Brême jusqu'en Californie. Trente et un jours sur un cargo, assis à la proue du bateau, tanguant et roulant sur l'océan, à lire le livre de Spengler (Le Déclin de l'Ouest). Cette expérience m'a fait comprendre la vie comme une réalité pulsatoire dans laquelle nous nous mouvons, immergeant et re-émergeant dans le grand océan de vie comme le marsouin qui vient à la nage des profondeurs et passe quelques secondes dans l'atmosphère d'un autre monde et qui replonge au fond -- ceci, je le reconnaissais, était ma vie. Ainsi cela a été un grand moment.

Et certainement quand j'ai été présent à la naissance de mes deux enfants. Oh là là. Je ne peux dire ce que signifie être témoin de la poussée pulsatoire avec laquelle quelqu'un vient au monde, mais aussi de la différence avec laquelle mes deux filles sont entrées dans le monde. Le fait de me retrouver auprès du lit de mort de mon père et de ma mère m'amenèrent à comprendre comment les allées et venues de la vie nous façonnent. Ces profondes expériences engendrées par ce qu'est une vie personnelle et votre façon de les incarner. Des expériences personnelles comme cela.

Sans parler parfois des vécus avec mes clients. Dans le travail corporel, certaines personnes parfois disent des choses si profondes qu'on ne sait d'où elles viennent. Disons-le ainsi: il y a de nombreuses révélations dans une vie, des petites et des grandes, et si vous pouvez les laisser venir à vous et ensuite former leur expression, l'expérience viendra vous informer sur ce qu'est l'existence humaine, la vôtre en particulier.

Quel est le rôle de la communauté dans l'approche formative du développement humain?

Je dis depuis longtemps que la nature et la fonction de l'individualité sont de servir la communauté et que, si les individus perdent le contrôle, c'est que la communauté les gouverne. L'individu est la part la plus avancée de l'organisme humain explorant son monde, aussi il existe une relation dynamique entre l'individu et la communauté et la communauté et ses individus. L'organisme humain est comparable à un conseil d'administration dont le président serait changeant, un président non permanent mais capable de prendre fermement les situations en mains.

Cette image commence à décrire comment une communauté partage son expérience, l'amplifie et la met à l'essai par la mise en pratique. Les individus qui savent comment donner forme à leur expérience et qui peuvent transmettre cette information en retour au groupe forment une communauté qui engendre un comportement communautaire, chacun à sa façon individuelle. Je pense que "vie, liberté et poursuite du bonheur telles qu'on les a dans la nature mais qu'on les pratique dans l'état civilisé", comme c'est écrit dans la Déclaration of Indépendance, ne peut exprimer plus clairement au monde ce qui relève de la relation entre la société et l'individu.     
 

Comment travaillez-vous avec un client qui a peur d'explorer sa colère?

Explorez sa résistance. Demandez-lui de vous monter comment il résiste ou évite sa colère. Faites-lui découvrir sa façon de s'effaroucher, de se détourner, de répugner à faire quelque chose, de s'effacer. Explorez ensuite les petits changements dans l'intensité musculaire du schéma de comportement.

Quand une personne comprend expérientiellement qu'elle peut exercer quelque influence en gérant des petites parties de son comportement de façon à ne plus être envahie, elle deviendra bien plus disposée à vouloir assumer la gestion de questions plus complexes.    

Le processus est toujours un travail de gestion de soi qui passe par de petites étapes d'influence du comportement. Un comportement qui fait peur domine en général la personne. Vous pouvez donc commencer par la part de résistance, qui n'est pas un comportement à blâmer, mais un comportement appris pour faire-face, pour tenter de se gérer et de se conduire en société. Je pense que l'emploi de l'effort volontaire musculaire aide énormément à comprendre les attitudes de colère, pour peu que l'on sache comment l'employer.

Je veux juste dire combien je suis profondément honorée, et humble devant votre sagesse, et comme j'ai hâte de lire vos livres. Où enseignez-vous et où pouvons-nous voir vos vidéos?  Où nos auditeurs peuvent-ils se documenter?

Mon site web est: centerpress.com. Tous mes livres sont à vendre; vous y trouvez toutes sortes d'informations. Tout est répertorié.

Tout au cours de notre interview vous nous avez permis de voir réellement l'expression du principe formatif dans la totalité de l'existence. Nous l'avons dans l'évolution, nous l'avons dans l'univers, nous l'avons dans nos vies personnelles, nous l'avons dans votre vie et vous nous l'avez communiqué très clairement. Avez-vous pour nous un dernier commentaire?

Je voudrais dire ceci: Le plus grand don que nous ayons est celui d'être corps. C'est le don que nous fait la planète, l'univers. La façon dont nous façonnons ce don devient notre destinée personnelle et notre vie personnelle. Le don de l'incarnation et son don de l'effort volontaire musculaire-cortical constitue la capacité de différencier et de nous faire évoluer en tant qu'êtres humains capables d'avoir voix au chapitre dans le programme transmis de la vie. La reconnaissance de ce don confère un sentiment unique, et ce sentiment est celui de se réjouir d'être vivant, du mieux qu'il nous soit possible. Voila la nature de mon travail. Savoir qui vous êtes et comment vous pouvez faire usage de vous-même et aimer votre vie.

Voici un merveilleux message, profondément inspirant pour moi et pour tous ceux qui nous écoutent.

Merci à tous et bonne chance à chacun de vous.   

Traduction: Danielle Chauvelot

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